samedi 14 mai 2011

Bibliographie

  • Le Catalogue : 


·      Pour adultes seulement, Quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands, le catalogue d’une exposition censurée, Janine Kotwica, préface Pascal Wagner, ABF, octobre 2010,  80 p., 21x23 cm, 13€, ISBN 2-900177-35-9  
 

  •  Articles concernant l'affaire:

  • Le Courrier Picard :
MURAZ, Daniel, « Le conseil général de la Somme accusé de censure », 28 mai 2010 : http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Le-conseil-general-de-la-Somme-accuse-de-censure
MURAZ, Daniel, « Faut-il censurer une exposition de dessins? », 28 mai 2010 : http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Debats/Faut-il-censurer-une-exposition-de-dessins
MURAZ, Daniel, « Les dessins censurés ont trouvé leurs avocats », 28 septembre 2010 : http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Les-dessins-censures-ont-trouve-leurs-avocats2

MURAZ, Daniel, « Ces dessins que l’on ne saurait voir en Somme », 31 mai 2010
MURAZ, Daniel, « Le quart d’heure médiatique du Président », 3 juin 2010
MURAZ, Daniel, « Les "dessins censurés" seront exposés à Amiens », 28 septembre 2010
MURAZ, Daniel, «  Dessins censurés : une réponse inédite de Bruno Heitz », 4 octobre 2010
MURAZ, Daniel, « La censure revient par la bande », 13 octobre 2010
MURAZ, Daniel, « Les dessins censurés enfin dévoilés », 20 octobre 2010
MURAZ, Daniel, « Dessins censurés : une référence internationale… », 24 octobre 2010
MURAZ, Daniel, « Les dessins censurés ont franchi l’Atlantique ! », 30 octobre 2010

  • Le Monde
GUERRIN, Michel, « Cachez ces dessins érotiques qui heurtent le président du conseil général », 3 juin 2010 : http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/06/03/cachez-ces-dessins-erotiques-qui-heurtent-le-president-du-conseil-general_1367238_3246.html


  • Libération
ICHER, Bruno, « Cachez ces dessins que l’on ne saurait voir », 28 mai 2010 : http://www.liberation.fr/culture/0101638117-cachez-ces-dessins-que-l-on-ne-saurait-voir

  • Le Figaro
Brève de l’A.F.P., « Une expo misogyne annulée à Amiens », 27 mai 2010 : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/05/27/97001-20100527FILWWW00637-une-expo-misogyne-annulee-a-amiens.php

  • Le Soir de Bruxelles

  • La Provence
ZAOUI, Julie, « Saint-Rémy : un dessin érotique qui choque », 1er Juin 2010 : http://www.laprovence.com/article/region/saint-remy-un-dessin-erotique-qui-choque

  • Politis
« Cacher ces seins », 3 juin 2010 : http://www.politis.fr/Cacher-ces-seins,10693.html

  • Livres Hebdo

  • La Gazette des communes
ROUSSANGE, G., « La Somme censure une exposition de dessins pour adultes », 31 mai 2010 : http://www.lagazettedescommunes.com/39445/la-somme-censure-une-exposition-de-dessins-pour-adultes/


  • Huffingtonpost art et Brooklyn Street art
ROJO, Jaime, et HARRINGTON, Steven, “Street Art Fights Censorship: Titi From Paris) », 21 octobre 2010: http://www.huffingtonpost.com/jaime-rojo-steven-harrington/street-art-fights-censors_b_770816.html et http://www.brooklynstreetart.com/theblog/?p=15360

Non disponibles ou plus disponibles sur internet :
  • Beaux-Arts Magazine
  • Bibliothèque(s)
  • Art-Press (Jacques HENRIC, “On croit rêver ! (Pedophilophobia) »)
  • Le Nouvel Observateur (Delfeil DE TON, « Retour de Censure »)
  • Le Canard Enchaîné (David FONTAINE), extrait retranscrit :
« Anastasie-sur-Somme »
"Couic sur la chose ? D'une lettre couperet, le président PS du conseil général de la Somme, Christian Manable, a décidé d'annuler au dernier moment une exposition de dessins érotiques qui aurait du ouvrir ce 19 mai à la bibliothèque d'Amiens. Préparée par ses services depuis deux ans, elle rassemblait une centaine d'oeuvres originales d'illustrateurs réputés, de Tomi Ungerer à Nicole Claveloux, sous le titre "Quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands". C'est ce thème qui semble avoir suscité un accès de pudibonderie chez le président Manable. Sur l'air de l'amalgame possible avec la pédophilie, comme il l'explique au "Canard" en invoquant le "pubis imberbe" d'une femme géante en porte-jarretelles peinte par l'illustrateur Alain Gauthier. Il faut pourtant avoir l'esprit mal placé pour y voir une petite fille ! "Ce n'est pas à la collectivité publique (ou pubique) de financer ce genres de chose... " Adieu Vénus de Milo ! Le directeur du développement culturel du département a précisé, dans "Libé" (28/5), que son patron redoutait "un effet miroir inopportun" entre "oeuvres érotiques" et "auteurs de livres pour enfants". Qu'un dessinateur (ou une dessinatrice) de livres pour la jeunesse dessine des femmes nues à ses heures perdues et le voilà horriblement soupçonné. A regarder le catalogue, il n'y a pourtant pas de quoi fouetter un chat... Indignée, la commissaire de l'expo, Janine Kotwica, dénonce, dans un courrier au président, une censure intempestive: "Avec nos petits dessins anodins, nous sommes loin de Lucian Freund ou Bettina Rheims, exposés en ce moment avec succès à Paris. Tartuffe était-il picard ? " Sans parler de la délectable expo sur "L'Enfer" de la Bibliothèque nationale, organisée l'an dernier... Et cette prof de lettres rappelle qu'elle avait collaboré en 2005 à l'organisation par le conseil général d'une expo bien plus leste, "Le cochon, portraits d'un séducteur" couronnée d'un grand succès public. Avec notamment la fameuse toile du "Père Noël est une ordure" ! Mais c'était sous le prédécesseur de Manable, Daniel Dubois, un centriste nettement moins Tartuffe en l'occurrence".

  • Extraits de sujets télévisés :

  • France 3
GUILLEROT, M., PORCHEL, T., CHOISY, D. « Interdit aux enfants : quand une expo fait polémique », mai 2010 : http://culturebox.france3.fr/all/23626/interdit-aux-enfants--quand-une-expo-fait-polemique/#/all/23626/interdit-aux-enfants--quand-une-expo-fait-polemique
GUILLEROT, M., PORCHEL, T., LE FUR, S., « L’exposition censurée Pour adultes seulement ouverte à la maison des avocats », Octobre 2010 : http://culturebox.france3.fr/all/28822/l_exposition-censuree-pour-adultes-seulement-ouverte-a-la-maison-des-avocats/#/all/28822/l_exposition-censuree-pour-adultes-seulement-ouverte-a-la-maison-des-avocats

  • TV5 :
« Le conseil général de la Somme annule une exposition pour images « misogynes » (extrait non disponible)

  •  Passages radio (non disponibles) 

  • France bleue Picardie
  • France Inter (« Procès verbal » d’Olivia Gesbert, entretien avec Agnès Tricoire et « Esprit critique » de Vincent Josse et Aurélie Charron)
  • France Culture (« Jusqu’à la lune et retour » d’Anne Paillet)

  • Sites et blogs : 

  • ABF

  • Ricochet

  • CRILJ
« Nous confirmons et précisons. L’exposition (intialement censurée) Pour adultes seulement : quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands conçue par Janine Kotwika sera ouverte à tous du jeudi 14 octobre au vendredi 5 novembre 2010, à l’Ordre des avocats d’Amiens (Somme), 21 square Jules Bocquet, du lundi au vendredi, de 14 à 18 heures. Oeuvres de Gilles Bachelet, Michel Backès, Chistophe Besse, Michel Boucher, Jean Claverie, Nicole Claveloux, Frédéric Clément, Pierre Cornuel, Isabelle Forestier, Claire Forgeot, André François, Alain Gauthier, Bruno Heitz, Louis Joos, Lionel Koechlin, Léo Kouper, Georges Lemoine, Daniel Maja, David Merveille, Alan Mets, Jean-Michel Nicollet, Jean-Charles Sarrazin, Marcelino Truong, Tomi Ungerer, Zaü et Albertine Zullo. C’est l’ABF qui publie le catalogue. Inauguration le jeudi 14 à 18 heures. »
« Ceci est un scoop. L’exposition de Janine Kotwika Pour adultes seulement : quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands, que le président du Conseil général de la Somme avait rageusement interdite en mai dernier, sera installée à Amiens, à compter du jeudi 14 octobre 2010, dans les locaux de l’Ordre des avocats. L’ABF éditera le catalogue. »

  • Observatoire de la Censure

  • Ligue des droits de l’homme, et l’observatoire de la liberté de création
« Le conseil général de la Somme se couvre de ridicule en censurant une exposition de dessins », 27 mai 2010 : http://www.ldh-france.org/Le-conseil-general-de-la-Somme-se

  • MicroCassandre
« Picards fatals à l’art… et censures en tous genres », 25 mai 2010 : http://www.microcassandre.org/?p=1230

  • Motsaïques
Jea, « L'expo que vous verrez pas à Amiens (Somme) », 30 mai 2010 : http://motsaiques.blogspot.com/2010/05/p-289-lexpo-que-vous-verrez-pas-amiens.html

  • Art Clair
« Une exposition annulée à Amiens pour images « dégradantes et misogynes » », 31 mai 2010 : http://www.artclair.com/site/archives/docs_article/76019/une-exposition-annulee-a-amiens-pour-images--etnbspdegradantes-et-misogynesetnbsp-.php

  • Graphivore

  • Actualitté
MARIO, « Le Conseil général choqué par l'expo 'Pour adultes seulement' », 25 mai 2010 : http://www.actualitte.com/actualite/19193-exposition-adultes-seulement-dessins-censure.htm
MAZIN, Cécile, « Censure d'une expo misogyne : le conseil général de la Somme assume », 28 mai 2010 : http://www.actualitte.com/actualite/19260-amiens-bibliotheque-censure-adultes-seulement.htm

  • Starwizz

LAHARY, Dominique, « La Résurrection de la censure », 2 Juin 2010 : http://lahary.wordpress.com/2010/06/02/la-resurrection-de-la-censure-suite/

  • Vudubalcon
LE NICOIS, François, « Pas d’art sans liberté », 21 juin 2010

  • Jean-Marc Morandini
« Une exposition qualifiée de "misogyne" annulée à Amiens », 28 mai 2010 : http://www.jeanmarcmorandini.com/article-39816-une-exposition-qualifiee-de-misogyne-annulee-a-amiens.html

  • Big blog, notes cinéphiles et censoriales, Blog d’Albert Montagne
MONTAGNE, Albert, « L'exposition « Pour adultes seulement : quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands" annulée par le Conseil général de la Somme », 27 mai 2010 : http://albertmontagne.blogspot.com/2010/05/lexposition-pour-adultes-seulement.html

  • Les mauvaises fréquentations, le blog de Thierry Savatier
SAVATIER, Thierry, « Censure d’artistes et “valeurs de gauche” », 5 juin 2010 :

  • Depapierenman

Non disponible ou plus disponible sur internet:

  • La Charte
  • Proxinews
  • Elsia
  • City vox
  • International News Digest
  • Association Orphéon

  • Autres références bibliographiques :
  • BERTHO, Catherine, « Le retour du discernement », Raison présente n°177, Pour une éthique de la médiation culturelle ?, 2011
  • BRONNER, Gérald et GEHIN, Etienne, L’inquiétant principe de précaution. PUF, Quadrige, 2010
  • CAILLET, Elisabeth, « Les médiateurs devant/avant la censure », Raison présente n°177, Pour une éthique de la médiation culturelle ?, 2011

    LES ARGUMENTS DU SOUTIEN: Le Point de vue des associations

    L’annulation de l’exposition a suscité très rapidement une vague de soutien d’associations et d’organismes veillant à la protection des libertés fondamentales.

    De nombreux soutiens se sont exprimés en faveur de la protection des professions du livre, notamment l’Association des Bibliothécaires de France, et celle des Directeurs de Bibliothèques Départementales de Prêt. Ces structures ont l’une comme l’autre soutenu Janine Kotwica et l’équipe de la Bibliothèque Départementale de prêt de la Somme. Elles défendent la liberté des médiateurs culturels dans l’exercice de leur profession. Car en effet de nombreuses structures culturelles sont subventionnées par les pouvoirs publics ou même sous la tutelle d’administrations publiques. C’est notamment le cas des bibliothèques départementales de prêt. Pour autant elles sont censées pouvoir mener les actions qu’elles souhaitent librement. Ces soutiens posent la question de l’incursion du politique dans le service public.

    L’Association des Bibliothécaires de France a soutenu Janine Kotwica en publiant le catalogue de l’exposition (voir la rubrique La Bibliographie). Dans l’ouvrage publié on peut lire : "En décidant de publier le présent catalogue d'une exposition élaborée par une bibliothèque dans le cadre de ses interventions culturelles et déprogrammée par la tutelle administrative de la dite bibliothèque, l'ABF souhaite émettre un signal à propos du problème récurrent de la censure en bibliothèque - une piqûre de rappel, en quelque sorte."
    L’Observatoire de la Censure avance le même argument : « le rôle des politiques n'est pas de réprimer les œuvres, mais de favoriser leur diffusion. » Il défend également la liberté du public de juger les œuvres et l’exposition. C’est également cette position qu’a adopté Hubert Delarue, le bâtonnier du barreau d’Amiens, qui a accueilli dans ses murs l’exposition.

    D’autres groupes se sont également positionnés en faveur de la liberté des créateurs. C’est notamment le cas du Syndicat National des artistes plasticiens – CGT, qui soulève «le malaise » créé chez les artistes par les interdictions pour « atteinte aux bonnes mœurs ». C’est aussi celui de l’Observatoire de la liberté de la création, rattaché à la Ligue des Droits de l’Homme, qui, lui, considère essentiel de préserver « la liberté de l’artiste contre l’arbitraire de tous les pouvoirs publics ou privés » pour la démocratie, et la multiplicité des points de vue et des regards du public. Cette association s’est spécialisée dans ces affaires de censure qui se multiplient. 
    Agnès Tricoire, avocate à la cour, spécialiste en propriété intellectuelle, et déléguée de l’Observatoire de la Liberté de la Création, a élaboré à partir de différentes affaires une grille de lecture des œuvres, à destination des juges amenés à juger de telles questions. Cette réflexion a été publiée sur le site http://www.lemotif.fr.
    • La création artistique nécessite (ou pas) une liberté accrue de l’auteur.
    •  La représentation n’est pas l’apologie (ou est l’apologie).
    • Il ne faut pas décontextualiser l’œuvre en en lisant des extraits seulement (ou bien peut-on extraire des assertions sérieuses et les analyser)
    •  Il faut vérifier sur l’œuvre est interprétée de diverses manières (ne pas se fier à sa seule analyse)
    • Il faut vérifier ce qu’en dit l’auteur (où il se situe lui-même, dans  quel champ : fiction, investigation, débat d’idée ?)
    •  Il faut vérifier ce qu’en dit la victime, qu’elle soit personne physique, ou association représentant un type de lectorat
    •  Il faut repérer la présence d’une distanciation entre l’auteur lui-même et les propos ou action de son narrateur, de ses personnages.
    •  Les parallèles autobiographiques ne doivent pas être considérés comme pertinents pour imputer à l’auteur les idées de son narrateur ou de ses personnages dès lors que l’œuvre ne se présente pas comme une autobiographie et ne peut être comprise comme telle.
    •  Il faut vérifier le paratexte (annonces de l’éditeur, dédicace, 4ème de couverture, publicité…)"

    Ces pistes de réflexion d’Agnès Tricoire permettent d’aiguiller les juges sur l’interprétation des articles 227-23 et 227-24 suivants , quand ils sont invoqués contre les œuvres d’art.

    « Le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d'enregistrer ou de transmettre l'image ou la représentation d'un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 Euros d'amende.
    Le fait d'offrir, de rendre disponible ou de diffuser une telle image ou représentation, par quelque moyen que ce soit, de l'importer ou de l'exporter, de la faire importer ou de la faire exporter, est puni des mêmes peines. »

    Article 227-24, Modifié par LOI n°2011-267 du 14 mars 2011 - art. 5
     
    « Le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine ou à inciter des mineurs à se livrer à des jeux les mettant physiquement en danger, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur.
    Lorsque les infractions prévues au présent article sont soumises par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle ou de la communication au public en ligne, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »

    Pour plus d’informations, voir : http://www.legifrance.gouv.fr

    LES ARGUMENTS DU SOUTIEN: Le Point de vue de la presse

    L’interdiction de l’exposition a donné lieu à de très nombreux articles de presse, dans la presse généraliste, comme dans la presse spécialisée (arts ou livre). Comme à chaque fois, on peut se demander si les polémiques suscitées par les interdictions n’ont pas l’effet inverse à celui voulu par les censeurs.
    Si certains journalistes se limitent à un rappel des faits un peu ironique, la plupart parle de l’affaire comme d’un acte de « censure », beaucoup moquent la décision de président du Conseil Général, et la jugent démesurée au regard des illustrations sélectionnées.
    On retrouve fréquemment les expressions suivantes :
    • Concernant les œuvres programmées, « très chaste », « pas de quoi fouetter un chat », « gentiment érotique », « érotisme bon enfant », « humour », « sensualité », « dessins coquins »…
    • Concernant l’élu et sa décision, « trouille », « pudibonderie », « pétochard », « censeur », « censure », « autocensure », « ridicule »…
    Aucun journaliste ne cautionne le motif de l’annulation. Des journalistes rappellent à juste titre que le lieu de l’exposition n’est pas une bibliothèque ouverte aux enfants comme pourrait l’être une bibliothèque municipale. Personne ne voit ni pédophilie, ni misogynie dans les œuvres. On critique plutôt l’amalgame simpliste fait par le Conseil Général entre « illustrateurs de publications jeunesse » et « dessins érotique ». Certains regrettent que le titre pourtant préventif de l’exposition ne suffise à distinguer comme public cible un public déjà initié : « Pour adultes seulement ».

    Concernant cette interdiction, plusieurs journalistes mettent en parallèle plusieurs affaires (Présumés innocents à Bordeaux, Larry Clarck au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, ou Reiser au Festival de Saint Malo…). Certains s’inquiètent et opposent les valeurs de gauche (invoquées différemment par Manable) et les actions de censure, ou pointe la trop grande prudence des pouvoirs publics pour se prémunir d’éventuelles attaques, et les dérives de l’autocensure sur le monde de l’art et sur les publics. La presse moque aussi l’isolement de la décision du président, et ironise sur son seul soutien qu’il a reçu, en la personne de Wallerand de Saint Just, conseiller régional de Picardie, et secrétaire départemental du Front National.

    La presse dénonce aussi la manière dont la décision a été annoncée à la commissaire, et la date à laquelle la décision a été prise. Elle moque la « maladresse de gestion et de communication pour une institution départementale. », le « dysfonctionnement interne »… (Le Courrier Picard, 28/09/2010 : http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Les-dessins-censures-ont-trouve-leurs-avocats2) Quant à l’argument de Christian Manable, distinguant service public et galerie privée (voir la rubrique Culture publique), le Monde ironise : « Ce projet est évalué à 10 000 euros (honoraires de Mme Kotwica, catalogue, affiche, cartes postales, promotion). C'est un rapport qualité-prix remarquable. C'était une aubaine pour un tel lieu d'accueillir cette exposition. C'est une belle opportunité pour un autre lieu, dans la Somme ou ailleurs, qui pourrait récupérer la mise. » (voir l'article du Monde du 3/06/2010, de Michel Guérin : http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/06/03/cachez-ces-dessins-erotiques-qui-heurtent-le-president-du-conseil-general_1367238_3246.html)
    Ce qui fut le cas au Barreau des avocats d’Amiens.


    LE SOUTIEN A L'EXPOSITION: La rhétorique de Janine Kotwica

    Janine Kotwica, en réponse à la censure exercée par Christian Manable, lui a adressé une lettre ouverte le 9 mai, soit trois jours après la sentence.

    Cette lettre s’apparente à un exercice de rhétorique dont la ligne principale est de ridiculiser l’adversaire.
    Cet objectif passe premièrement par le vocabulaire. A Christian Manable est associé un vocabulaire spécialement négatif (« vilainie », « ignoble », « mépris »….) que nous voyons opposé à l’Institution (institution de la République : « Marianne », « service public »… et institution culturelle : « Louvre », « Musée d’Orsay », « Jack Lang »… ). Les références culturelles (« Léo Kouper », « art dégénéré », « Lucian Freud »…) participent de cette surenchère et induisent l’ignorance de Christian Manable.  Les champs lexicaux de la censure et de sa dénonciation se voient retournés par les lexiques liés à l’aura des artistes, à l’empathie et au respect.

    Face à Christian Manable, qui a interdit l’exposition sans se justifier encore, à la date du 9 mai, l’intelligence et la culture font clairement triompher Janine Kotwica qui dans une longue lettre, use d’un vocabulaire riche et instruit. Son texte, très litéraire, nourri de références (« Anastasie », « oukase », « Tartuffe »), s’oppose à la censure et à la bêtise qu’elle associe à son adversaire, jusqu’à le déposséder de ce que qui fait le prestige de sa fonction.

    Plus encore, c’est quand elle utilise la conviction par l’absurde qu’elle renforce sa position (« Dans une époque où la burqa fait débat, ne seraient-ils pas tentés de voiler, au Louvre, la nudité de la Vénus de Milo, d’occulter, à Orsay, L’Origine du monde, et dans nos mairies, de cacher le sein qu’ils ne sauraient voir de notre jolie Marianne ? »). Elle pousse la logique de Christian Manable à bout pour montrer le ridicule de ses raisonnements.

    La lettre, qui alterne gravité et humour, rappelle l’importance et la dangerosité de la censure, tout en remettant l’exposition dans son contexte de « culture et de plaisir ». Si Janine Kotwica finit la lettre de façon plus menaçante, c’est pour mieux prévenir Christian Manable des retombées néfastes pour son image d’homme politique de territoire, et non pour jouer des poings. 

    LE SOUTIEN A L'EXPOSITION: Lettre ouverte au Président du Conseil Général de la Somme, par Janine Kotwica

    "Le porte Moneau, le 9 mai 2010
    Monsieur le Président,

    J’ai appris avec une stupeur vite remplacée par la colère votre décision arbitraire, inique, absurde et ridicule d’interdire l’exposition « Pour adultes seulement », sélection bon enfant de dessins, gravures et peintures gentiment érotiques d’illustrateurs pour laquelle j’ai eu une commande écrite, en date du 14 janvier 2009, émanant de Hervé Roberti, Conservateur en chef de la Bibliothèque départementale de la Somme.
    J’ai travaillé d’arrache-pied au commissariat de cette exposition à laquelle 26 artistes, qui publient dans le monde entier, ont prêté ou réalisé spécialement des œuvres et pour laquelle Léo Kouper, affichiste de grand renom, a réalisé cinq projets. Nous les avons, le 17 février 2010, soumis à votre Directeur du développement culturel qui conforté (avec un enthousiasme, sincère, m’a-t-il semblé) celui que nous préférions, plébiscité aussi par tous ceux que nous avions consultés. Il a exprimé également, mais il ne pouvait en être autrement étant donné leur exceptionnelle qualité, son admiration pour les originaux que j’avais apportés.
    J’ai eu un deuxième entretien cordial avec David Andrieux, en présence de deux autres collaborateurs, la semaine dernière. Rien ne laissait présager alors votre oukase qui m’a laissé dans un état proche de la nausée. Si cette exposition heurtait votre délicatesse, vous aviez largement le temps d’arrêter les frais à tous les sens du mot, beaucoup plus tôt. Cette interdiction, à 11 jours de l’ouverture, est une faute et une vilénie.

    Vous avez brutalement désavoué votre conservateur, au service du département depuis 15 ans, à quelques semaines de son départ en retraite, et c’est ignoble.
    Vous aviez traité avec mépris le travail de votre personnel, qui s’est investi avec enthousiasme dans la préparation d’une exposition particulièrement jubilatoire.
    Aucun égard non plus pour les 26 artistes qui ont mis généreusement leur talent à notre service. En échange, nous leur avions promis des catalogues et des cartes postales. Cette promesse-là, il faudra, bien sûr, la tenir mais ce sera une bien dérisoire compensation.

    Moi aussi, je suis déboutée après deux ans d’un travail intense et mes choix remis en cause avec la plus grande grossièreté : votre cabinet n’a même pas pris la peine de m’aviser directement et de me donner les raisons de cette anastasie, sans doute parce qu’elles sont difficilement avouables.

    Un département des énergies…piétinées, hélas !
    En 35 ans de travaux au service de l’illustration, c’est la deuxième fois que je suis confronté à une censure aussi bête que méchante. Il faut dire que la première fois, c’était, non en Picardie, belle province de notre Doulce France, mais en Tunisie, Etat totalitariste comme chacun sait. En mission pour le ministère des Affaires étrangères, j’ai vu mes livres confisqués à la douane par la commission de censure.
    Heureusement, l’ambassadeur de France, homme intelligent et cultivé, a vite réglé le problème. Et j’ai été fière d’appartenir à la patrie des Droits de l’Homme qui honore la liberté d’expression et défend ses citoyens contre les barbares ciseaux d’Anastasie.

    J’ai vu quelquefois des politiques intervenir sur les choix des bibliothécaires mais c’était toujours à propos de publications en directions de l’enfance et surtout du fait d’élus d’extrême droite.
    Brigitte Braillon, Conservateur en chef de la Bibliothèque départementale de l’Oise, avait été l’objet d’une plainte d’un élu du Front National. Elle a été soutenue loyalement par sa hiérarchie et a gagné en justice.
    Que ce soit, ici, un parti démocratique qui intervient, non pas pour infléchir les choix, ce qui eût pu, à la grande rigueur, être supportable, mais carrément pour interdire une exposition qui s’adresse ouvertement aux adultes m’a ôté le sommeil. J’ai pour maigre consolation que je ne vote pas, pour l’instant (nous avons une maison à Saint-Valery), dans la Somme et que je n’ai pas le regret cuisant de vous avoir donné ma voix.
    La censure artistique est un phénomène rare et extrêmement grave, une atteinte insoutenable à la liberté de penser et de créer. Cela m’a rappelé, mutatis mutandis, certains diktats de si triste mémoire contre l’art dégénéré.

    Tout au long des préparatifs, j’ai été agacée par la frilosité du conservateur quant aux choix des œuvres. Cette prudence, qui frisait parfois la pruderie, était finalement justifiée dans un contexte politique qu’il connaissait mieux que moi, mais elle n’a pas suffit à nous protéger. Vos conseilleurs fréquentent-ils parfois les musées et expositions ? Dans une époque où la burqa fait débat, ne seraient-ils pas tentés de voiler, au Louvre, la nudité de la Vénus de Milo, d’occulter, à Orsay, L’Origine du monde, et dans nos mairies, de cacher le sein qu’ils ne sauraient voir de notre jolie Marianne ? Avec nos petits dessins bien anodins, nous sommes loin de Lucian Freud ou de Bettina Rheims exposés en ce moment avec succès à Paris. Tartuffe était-il Picard ? Voulez-vous donner l’image d’une province ignare et rétrograde ?

    J’ai connu un Hervé Roberti plus décontracté. J’ai eu le privilège de participer à l’exposition « Le cochon, portraits d’un séducteur » dans votre Musée départemental de l’abbaye de Saint-Riquier. Vous avez sans doute vu cette exposition intelligente et drôle qui a drainé, comme jamais, un nombre considérable de visiteurs ravis. Elle comportait de nouveaux dessins et objets érotique, souvenez-vous, à commencer par l’hilarante toile du Père Noel est une ordure. Personne de n’en est plaint, bien au contraire, et chaque fois que je retourne au Musée de l’Abbaye, les gardiens me demandent quand on recommencera une exposition aussi jouissive. Nous en projetions une à Amiens, et vous l’annulez bêtement, privant vos électeurs d’un bon moment de culture et de plaisir.
    Certains dessins prévus chez vous à Amiens, je les ai d’ores et déjà montrés, et deux fois l’été dernier : à Omon-ville-la-petite, dans la Manche, à la Maison Prévert, dans le cadre de l’exposition « Balade aux îles Baladar », et à Arles, à la Chapelle Saint-Martin-du-Méjan, dans le cadre des expositions Delpire et Cie dont la presse nationale et la télévision se sont fait largement écho. Non seulement, elles n’ont choqué personne, mais elles sont suscité une très grande admiration et m’ont valu, à Arles, les félicitations de Jack Lang.

    Tomi Ungerer, dont nous voulions exposer deux gravures choisies avec soin, a fait don de quelques 8000 dessins à la Ville de Strasbourg qui a ouvert un musée pour les présenter. Un étage complet est, en permanence, consacré à ses œuvres pour adultes.
    Je n’ai cependant pas osé proposer aux Picards ce qui est vu sans restriction par les Alsaciens.

    Il est encore temps de vous rétracter…

    Mais si Amiens s’obstine à refuser cette belle exposition dont je suis très fière, elle ira ailleurs, dans un pays de culture, de liberté et d’ouverture d’esprit.
    Et si cette lamentable erreur n’est pas vite réparée, vous pouvez compter sur moi pour faire à l’événement la  publicité qu’il mérite. Internet est une merveilleuse boule de neige pour la diffusion des informations. On aime la « com’ » dans les collectivités territoriales, n’est-ce pas ? On en aura, soyez-en persuadé, à commencer par les revues et sites spécialisés qui ont d’ores et déjà annoncé l’exposition (la Bibliothèque Nationale de France, en particulier, qui a réservé notre catalogue et édité un entrefilet que j’ai confié à l’une de vos collaboratrices).
    Ils seront réservé par les sites des artistes bafoués et les quelques médias traditionnels où j’ai mes entrées.

    J’espère, Monsieur le Président, que vous reviendrez sur votre décision avant qu’on ironise sur votre (sous) développement culturel et vous prie de croire, très provisoirement, en ma confiance."

    LES ARGUMENTS DE CHRISTIAN MANABLE: Qu'est ce que la culture publique?

    Il est utile de remettre cette exposition dans son contexte : c’est un projet du conservateur en chef de la Bibliothèque départementale de la Somme, qui a été soumis et approuvé par le Directeur du développement culturel du département, David Andrieux, puis censuré par l’instance d’un seul homme, Christian Manable, président du conseil général de la Somme. Nous sommes donc un contexte de fonction publique et nous pouvons supposer que les décisions prises par le président sont, d’une part, au service des concitoyens, et d’autre part, répondent aux missions du service public et en accord avec son personnel. L’unilatéralité  de sa décision nous laisse donc perplexe.

    Christian Manable se justifie ainsi: « C'est en pleine conscience que j'ai pris cette décision, car j'ai estimé que certains dessins étaient vecteurs d'une image dégradante de la femme et je refuse que la collectivité départementale soutienne une telle approche de la sexualité, qui me semble opposée à nos valeurs d'émancipation. » Parmi les arguments mis en avant, nous avons déjà étudié ceux de la protection de la femme et de la protection des mineurs. Regardons maintenant l’idée de Manable selon laquelle la « collectivité départementale » ne doit pas soutenir un tel projet. Il se défend ainsi :  "Je vais passer pour un facho, un pisse-vinaigre, un censeur, alors que ceux qui me connaissent savent que c'est absurde. Je ne vois aucun problème à ce que ces dessins et peintures figurent dans une galerie privée, mais pas dans un lieu du conseil général, avec de l'argent public." Surprenant quand nous savons que l’exposition a été engagée deux années avant son inauguration, plus étonnant quand on sait que la décision de censure a été prise par Christian Manable seul sans consulter ni David Andrieux, ni Hervé Roberti ou Janine Kotwica afin d’avoir des explications sur la démarche du commissariat. Mais Christian Manable ne semble pas faire confiance au discernement de son équipe de professionnels (voir la Lettre de Janine Kotwica).

    On se peut se demander à quel point l’argument « service public » entre en compte ici. Plus encore, s’il ne s’agissait pas du dernier argument à mettre en avant tant cette annulation et ses justifications semblent révéler les dysfonctionnements internes des services de la région, aussi assumés soient-ils (Lire à ce sujet l'article du Monde: http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/06/03/cachez-ces-dessins-erotiques-qui-heurtent-le-president-du-conseil-general_1367238_3246.html)
    Il nous parait tout à fait douteux que Christian Manable ait découvert le propos de l’exposition si peu de temps avant son inauguration, quand on sait, à l’échelle territoriale, les précautions prises et les systèmes de validation à plusieurs échelles par lesquels il faut passer avant de voir un budget, du personnel, des commandes engagés pour un tel projet. Comme le suggère Janine Kotwica dans sa lettre ouverte, le président du conseil général ne se serait-il pas laissé tenter par un « coup de com’ » ? 

    Et pourtant, dans l’argumentaire de Manable, le fait qu’il s’agisse d’une exposition émanant du service public, revient à plusieurs reprises, notamment par la distinction « lieu du département » / « Galerie privée ». Qu’entend Manable par « culture publique » ? Qu’entend-on généralement par culture publique ? Nous pouvons parler des missions de service public commanditées par le Ministère de la Culture: démocratisation culturelle, « culture pour tous-culture pour chacun », éducation artistique, diffusion et promotion du patrimoine et des nouvelles formes d’art… Mais aucune ligne de programmation culturelle n’a jamais été définie, si ce n’est dans les limites de la loi de 2007 (voir les articles 227-23 et 227-24) qui n’a même pas été évoquée comme argument dans le cas de cette affaire, tant les œuvres exposées sont loin de ce qui y est énoncé. La culture des industries culturelles ou des structures publiques semble identique, ce qui les différencie ne seraient que des valeurs ou des financements. 

    LES ARGUMENTS DE CHRISTIAN MANABLE : La protection de la femme

    Après avoir annulé l’exposition sans autre forme de procès, Christian Manable s’est justifié selon les arguments suivants, repris dans toute la presse : « C'est en pleine conscience que j'ai pris cette décision, car j'ai estimé que certains dessins étaient vecteurs d'une image dégradante de la femme et je refuse que la collectivité départementale soutienne une telle approche de la sexualité, qui me semble opposée à nos valeurs d'émancipation. » Selon lui, « certaines images ne permettent pas de faire la distinction entre femme et enfant et nous ne tenons pas à ce qu'on nous fasse de mauvais procès ».

    A bien regarder les images, (voir rubrique Le choix des oeuvres), on se demande un peu si l’élu ne pècherait pas par excès de pudibonderie, pas peur des poursuites judiciaires, et des critiques. Selon les propos de Bernard Joubert, spécialiste de la censure : « Tout est dans l’oeil de celui qui regarde » (extrait du Blog du Courrier Picardhttp://blogs.courrier-picard.fr/bulles-picardes/tag/censure/)
    En effet, rien de bien méchant, de provocateur ou de pornographique, dans ces dessins, parfois coquins ou sensuels, mais surtout poétiques, humoristiques et bons enfants. A se demander si Christian Manable ne confondrait pas érotisme et pornographie.

    Parmi ces illustrations, celle que le Président du Conseil Général de la Somme juge particulièrement « misogyne » et « portant atteinte aux droits de la femme », c’est l’illustration de Bruno Heitz représentant une femme nue à quatre pattes dans l'herbe posant pour un peintre assis sous un arbre, avec, sur sa planche à dessin, la tête de la Vache qui rit. Là où l’élu voit un amalgame dégradant, d’autre y voit un hommage clin d’œil à Benjamin Rabier, créateur du personnage publicitaire. Comme quoi.
    Bruno Heitz - Benjamin Rabier au travail in Peintres et modèles

    Pour Bruno Heitz, interviewé par Julie Zaoui pour le journal La Provence (voir la rubrique Bibliographie), "Tous les artistes, qu'ils soient dessinateurs ou photographes, s'aventurent sur ce terrain. (…) Les gens aujourd'hui ont la trouille de tout, même des apéritifs Facebook… Il s'agit d'une belle cagade de communicant!"
    En réponse à cette polémique Bruno Heitz a d’ailleurs proposé un dessin inédit, qu’il a titré : N’allez surtout jamais montrer ce dessin dans la Somme, on dirait que j’insulte les chèvres.”
    Bruno Heitz - N’allez surtout jamais montrer ce dessin dans la Somme, 
    on dirait que j’insulte les chèvres

    Les autres illustrateurs, censurés au même titre que Heitz, prennent également cette décision avec humour. Pierre Cornuel, s’interroge ainsi : « Quand j’ai appris cette censure, j’ai éclaté de rire tellement cela me semblait débile. Comment en est-on arrivé, en 2010, à devoir justifier une telle expo ? ». Léo Kouper, l’affichiste  auteur du visuel de l’affiche de l’exposition lui s’est  déclaré plutôt “flatté” au journaliste du Courrier Picard, Daniel Muraz.

    Voici donc bien la preuve que « Les artistes, la sensualité et l'humour font notre monde meilleur, bien plus que les censeurs. » (phrase issue du Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création, daté au 27 mai 2010 - voir la rubrique Bibliographie)

    LES ARGUMENTS DE CHRISTIAN MANABLE - La protection des mineurs

    La décision de Christian Manable d’interdire l’exposition s’est basée principalement sur le dessin d’Alain Gauthier. 


    Alain Gauthier - Le Petit train de ceinture 

    L’on peut y observer un sexe imberbe, érotisé par des portes jarretelles dont la ligne du bassin fait office de pont de chemin de fer pour un petit train à vapeur. Nous pourrions nous amuser à analyser en détails les symboles et la composition de ce gentil dessin, mais Christian Manable n’est pas allé si loin, usant de l’argument de la « protection des mineurs » en le citant en exemple lorsqu’il s’est justifié de l’interdiction de l’exposition. L’argument mis en avant : le dessin en question ne permet pas de « faire la distinction entre femme et enfant ». Certes, l’absence de poils pubiens pourrait créer la confusion, mais elle semble être tout autre ici.

    Comme nous le savons, il s’agit d’une œuvre pour adultes dessinée par un artiste dont l’activité principale est l’illustration pour la jeunesse. Alain Gauthier semble parfaitement faire la distinction entre ses deux activités, ce qui ne semble pas être le cas de Christian Manable à qui il « a semblé que le rapport entre les œuvres érotiques et leurs auteurs, spécialisés dans l’édition de livres pour enfants, produisait un effet miroir inopportun.» (voir l'article de Libération: http://www.liberation.fr/culture/0101638117-cachez-ces-dessins-que-l-on-ne-saurait-voir)


    Si l’on reprend l’illustration, certes, les tons pastels employés peuvent faire penser à ceux d’une chambre d’enfant, le pubis représenté est imberbe, mais pourquoi s’agirait-il pour autant d’un sexe d’enfant ? Les a priori culturels semblent avoir pris le pas sur le jugement de l’accusateur. Pourtant, pensons à la tradition moyenne orientale où les poils pubiens sont très majoritairement épilés (L’Islam les proscrirait). En 1800, Goya peignait pour la première fois dans l’histoire de l’art occidental un duvet pubien sur la Maja Nue. C’est la culture générale de Christian Manable qui est mise à l’épreuve.


    En outre, l’argument de la protection des mineurs est bancal pour des raisons plus pragmatiques encore. La bibliothèque départementale d’Amiens n'est pas un lieu qui reçoit du public, encore moins des enfants. « C'est une sorte de "grossiste" qui centralise des livres avant qu'ils ne soient déposés à la consultation dans des bibliobus et bibliothèques publiques.  Le bâtiment de la bibliothèque départementale n’étant visité que par des majeurs, spécialistes etc… ».  De plus, l’exposition ayant lieu pendant les vacances scolaires, elle ne s’inscrit dans aucun cadre pédagogique. S’il avait été évoqué que l'exposition soit utilisée comme outil pédagogique pour les collégiens, l’idée a été abandonnée avant même l’interdiction de Manable. Mais Christian Manable note que l'exposition devait circuler comme outil pédagogique : "C'est inopportun pour les collégiens", dit-il. "Cette idée a été abandonnée", répond Janine Kotwica.


    Par ailleurs, la mention « pour adultes seulement » dans le titre de l’exposition est suffisamment explicite pour se suffire à elle-même.
    C’est donc l’amalgame que fait Manable entre les dessins érotiques des illustrateurs et l’activité principale pour laquelle ils sont connus qui est au cœur du problème. L’interdiction laisse planer les soupçons de pédophilie ou de perversité sur les illustrateurs… A David Andrieux, se faisant porte parole de Christian Manable de l’assumer ainsi : "le rapport entre les œuvres érotiques et leurs auteurs, spécialisés dans l’édition de livres pour enfants, produisait un effet miroir inopportun (...) Dans ce département, où il y a beaucoup à faire dans le domaine social et où la question de la pédophilie est un sujet extrêmement sensible, il nous a semblé, en tant que collectivité publique, que nous ne devions pas promouvoir cette exposition amenée à circuler dans le réseau des bibliothèques du département, et donc visible par tous les publics." (voir l'article de Libération dans la Bibliographie)


    Passée la pudibonderie et la loi de 2007 (articles 227-23 et 227-24) qui fait débat, mentionnons un sujet effectivement audacieux, mais validé en amont par les instances du conseil général. Comme le dit Bruno Heitz dans une interview accordée à la Provence (voir l'article dans la Bibliographie) "Ce n'est pas parce que nous sommes illustrateurs pour enfants que nous n'avons pas de sexualité ! Tous les artistes, qu'ils soient dessinateurs ou photographes, s'aventurent sur ce terrain.". Si l’on pousse à bout l’argument de Manable qui a peur de « l’effet miroir » entre l’activité d’illustrateurs jeunesse des auteurs des dessins exposés, n’est-il pas simplement dédouanant pour les illustrateurs exposés que de témoigner d’une sexualité d’adultes via d’autres de leurs dessins ? La démarche, pleine de bon sens, est saine, tant la distinction « petits/grands » signalée par le titre de l’exposition est explicite. 


    Encore faudrait-il ne pas faire la confusion entre la représentation et son auteur…